Me Mohamed Traoré le bâtonnier de l’ordre des avocats sur les propos jugés identitaires d’El Hadj Sèkhouna Soumah : ‘’Je pense que ce sont des déclarations qui sont de nature à fragiliser le tissu social’’

Le weekend dernier une réunion des filles et fils de la Basse Guinée s’est tenue à Toumania (Dubreka) sous la présidence du Kountigui de la région El Hadj Sèkhouna Soumah. Une réunion dit-on de discussions pour le développement de la Basse-Guinée, l’entente entre ses enfants et l’amour à cultiver entre eux. Seulement dans son discours, le Kountigui El Hadj Sèkhouna a invité les siens à mettre fin à la vente ‘’des parcelles aux étrangers’’. Ce qui a provoqué un taulé retentissant jusqu’au-delà de cette partie de la Guinée. Le bâtonnier de l’ordre des avocats de Guinée Maître Mohamed Traoré trouve excessifs les propos du chef traditionnel des basse-côtiers. Entretien  

Comment réagit le bâtonnier de l’ordre des avocats aux propos du Kountigui de la Basse-Côte invitant à l’interdiction de vente des parcelles aux étrangers ?

A mon avis cette déclaration aurait pu avoir un aspect salutaire dans la mesure où on a constaté depuis un certain temps qu’il y a des guinéens nantis qui vont dans certaines localités et qui s’acquièrent de très vastes domaines qui n’exploitent pas directement, qu’ils font clôturer et qui par la suite se mettent à revendre à des prix d’or. Ce qui a entrainé depuis un certain temps un renchérissement du prix des parcelles dans certaines localités  de la Guinée. Surtout des zones qui sont proches de Conakry, telles que Coyah et Dubréka. Donc pour un pauvre enseignant par exemple, il lui est difficile d’acquérir un terrain aujourd’hui vu le coût élevé de ces parcelles. Donc si le discours du Kountigui de la basse côte visait à freiner cette spéculation immobilière franchement beaucoup de guinéens auraient applaudis

Pour vous cette déclaration vise autre chose que de freiner  la hausse du prix des parcelles ?

A mon avis il s’agit de d’autres considérations qui n’ont rien à voir avec la lutte contre cette spéculation de la vente des terrains dans les zones que j’ai citées.

Quelle autre considération pourrait avoir le Kountigui de la basse côte ?

Ce sont des considérations purement communautaires, parce que lorsque vous analysez ses propos il dit que les basse-côtiers ont cédé des parcelles aux gens qui finalement ne les respectent pas, qui les minimisent. Voyez vous le décalage entre ses propos et celui que j’ai évoqué au départ à savoir la considération entre le coût élevé des prix des parcelles.  Par ce qu’il faut comprendre qu’à ce niveau il y a un sérieux problème. Vous ne pouvez pas par exemple venir acheter des parcelles à un vil prix, la clôturer garder ces parcelles là pendant deux à trois ans sans les mettre en valeur pour ensuite les faire lotir et les revendre à un prix qui n’est pas à la portée des citoyens ordinaires. Malheureusement la démarche du Kountigui ne vise pas cette considération. C’est une considération communautariste. Ce sont des replis identitaires. Il faut éviter par exemple que des gens qu’on considère comme des étrangers viennent s’installer massivement dans une zone et qu’ils finissent par avoir dans une certaine mesure une certaine influence en terme électoral, en termes de pouvoir économique. Je pense que ce sont des déclarations qui sont de nature à fragiliser le tissu social. Si chaque guinéen était considéré dans une zone dont il n’est pas originaire comme un étranger, je pense que nous finirons tous par être des étrangers là où nous sommes.

Au-delà de cette condamnation verbale, est ce que l’ordre des avocats de Guinée prévoit une autre démarche contre cette déclaration que vous qualifié de communautariste ?

Non, le barreau n’entend pas se lancer dans cette bataille par ce qu’il y a déjà une organisation de la société civile qui s’investi dans une certaine croisade contre ce genre de déclaration. Je pense qu’il faut plutôt chercher à épauler cette organisation de la société civile par ce que nous avons tous besoin de la paix et de l’unité dans ce pays. Malheureusement ces déclarations à caractères communautaristes qui se tiennent pratiquement dans toutes les coordinations régionales se font au vu et au su des autorités gouvernementales. On a l’impression qu’il s’agit d’une instrumentalisation des coordinations afin de diviser davantage les guinéens à des fins purement politiques.

Est-ce que la déclaration du Kountigui n’est pas faite au lendemain d’une situation presque pourrie dans  le secteur de  l’habitat?  Est-ce qu’il n’y a pas un vide juridique sur la vente des parcelles ? Que dit la loi en la matière ?

Contrairement à ce que nous connaissions sur l’ancien régime où la loi disait que la terre appartient exclusivement à l’Etat, aujourd’hui les privés peuvent être propriétaires de vastes domaines sur lesquels ils exercent un droit de propriété et ce droit de propriété leur permettent de vendre ces domaines à qui ils veulent aux conditions qu’ils veulent. En principe, l’Etat n’a pas à s’immiscer dans ces affaires sauf s’il s’agit de domaine appartenant à l’Etat. Donc il n’y a aucune disposition légale qui dit qu’il est interdit de vendre tel nombre de parcelles à telle personne. Autrement dit, il n’y a pas de limitation quand à la superficie à vendre. Aucun texte ne le dit.

Le Kountigui de la basse-côte n’a le droit d’interdire aux autres concitoyens qui relèvent de sa région de vendre les parcelles à d’autres ?

La question d’abord c’est, à quel titre il peut se permettre de faire une telle interdiction ? Est ce qu’il se fonde sur la loi, ou est ce qu’il se fonde sur un texte peut être qui n’est pas à la portée de tout le monde ? En tout cas moi je ne vois pas un texte sur lequel le Kountigui peut se baser pour interdire un concitoyen à vendre sa parcelle à telle ou telle personne. S’il y a des préoccupations dans ce sens, il revient à l’Etat de prendre ses responsabilités. Je ne suis pas contre l’existence des coordinations régionales par ce qu’il faut quand même dans un pays qu’il y ait des autorités morales dont la parole peut être entendue c’est-à-dire non pas au sens simplement de la perception du message mais entendu au sens de  l’acceptation de la compréhension du message véhiculé par cette autorité morale mais il faut faire en sorte que ça soit des discours rassembleurs. Pourquoi d’ailleurs ne pas mettre en place une coordination nationale qui regrouperait des sages appartenant aux quatre régions naturelles dont la présidence serait assurée de manière tournante. Pour éviter les coordinations de telle ou telle autre région

Réalisé par Kolouba Koïvogui

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