Lutte contre la drogue et le crime organisé: Entre émotion et efficacité, la ligne à ne pas franchir (Opinion de Amadou Hamza Bah)

« Si le président de la République veut que la lutte contre le trafic de drogue soit efficace et pérenne, je lui demanderais de laisser le secrétariat général chargé des services spéciaux, de la lutte contre la drogue et le crime organisé rattaché à la présidence de la République ». C’est la confession d’un ancien baron de drogue dont la détermination et l’engagement des services spéciaux dirigés par le colonel Moussa Thiegboro Camara l’ont contraint à abandonner le trafic de drogue au profit de l’entreprenariat.

Durant les dernières années de la fin du régime du général Lansana Conté, la Guinée était devenue la plaque tournante du trafic de drogue dans la sous-région, poussant les Etats-Unis à menacer de sanctionner certains dignitaires du régime d’alors.

Il a fallu l’arrivée au pouvoir en 2008 du Conseil national pour la démocratie et le développement (CNDD), aidé par Moussa Thiegboro Camara, jeune officier gendarme pour déclarer les trafiquants de drogue persona non grata en Guinée. Ainsi, une guerre sans merci sera déclarée contre les trafiquants de drogue dont certains étaient des proches des dignitaires du régime, mais aussi des officiers de l’armée et de la police guinéenne.

Cette opération de lutte contre la drogue aboutira à l’arrestation de certains barons et leurs complices pour lesquels un procès sera organisé pour lancer un message à l’opinion nationale et internationale que la Guinée a désormais des dirigeants déterminés à lutter contre le trafic de drogue dans toutes ses formes.

Après le régime des militaires, le président Alpha Condé a été élu en 2010 à la magistrature suprême. Aussitôt  installé dans ses nouvelles fonctions, le chef de l’Etat a aussi inscrit dans ses priorités la lutte inlassable contre le trafic de drogue et le crime organisé qui étaient devenus monnaie courante dans le pays.

Pour matérialiser son ambition de lutter contre la drogue et le grand banditisme en Guinée, le président Alpha Condé a également jeté en 2011 son dévolu sur le colonel Moussa Thiegboro Camara pour le nommer à la tête du Secrétariat général à la présidence chargé des services spéciaux, de la lutte contre la drogue et le crime organisé .

Pour éviter toute tentative de corruption au sein de certains services névralgiques du pays, le président Alpha Condé va rattacher à la présidence de la République le nouveau service dirigé par le colonel Thiegboro, ainsi que l’Agence de promotion des investissements privés (APIP) et la direction nationale du patrimoine bâti-public, où des cadres véreux avaient cédé aux particuliers la presque totalité des domaines de l’Etat.

Après sa prise de fonction à la tête du Secrétariat général chargé des services spéciaux, de lutte contre la drogue et le crime organisé, le colonel Moussa Thiegboro Camara a fait des résultats qui dépassaient les attentes du chef de l’Etat.

Du port autonome en passant par l’aéroport de Conakry, ainsi que certaines grandes villes du pays, les services spéciaux ont fait des saisies inattendues de drogues, de stupéfiants et même d’armes de guerre.

Outre ces saisies, le service du colonel Moussa Thiegboro Camara s’est également illustré dans le démantèlement de plusieurs réseaux de gangs qui sévissaient à Conakry et ses environs, mais aussi des réseaux de fabrication de faux produits échappant au contrôle des services de qualité du commerce.

En 2013, des experts des Nations-Unies ont estimé que près de 20 tonnes de cocaïne, qui provenaient principalement de Colombie et du Venezuela, avaient transité par la Guinée et la Guinée-Bissau, deux pays devenus une plaque tournante du trafic de drogue par la complicité de ceux qui s’agitent aujourd’hui pour le contrôle de ce service.

Malgré l’acquisition de tous ces résultats élogieux sous l’impulsion du colonel Moussa Thiegboro Camara, certains voudraient distraire le président Alpha Condé en lui conseillant de rattacher au ministère de la sécurité et de la protection civile, le secrétariat général chargé des services spéciaux, de la lutte contre la drogue et le grand banditisme.

Or, par expérience, la gestion de ce service par le ministère de la sécurité avait abouti au trafic de drogue à grande échelle, transformant la Guinée en une plaque tournante de trafic de cocaïne en provenance de l’Amérique du sud.

Pour rappel, l’opération de lutte contre le trafic de drogue enclenchée par les autorités militaires d’alors, avait abouti à l’arrestation de plusieurs anciens dignitaires du régime Conté et des officiers de la police qui ont tous défilé dans le ‘’Dadis Show’’ pour répondre aux questions liées à leur implication dans le trafic de drogue en Guinée.

Donc, vouloir aujourd’hui cautionner le retour du secrétariat général chargé des services spéciaux, de la lutte contre la drogue et le grand banditisme dans le portefeuille du ministère de la sécurité et de la protection civile, c’est encourager le retour aux anciennes pratiques dans le trafic de drogue en Guinée.

Le rattachement de ce service à la présidence de la République reste et demeure la meilleure approche pour lutter efficacement contre le trafic et le grand banditisme en Guinée.

« J’ai appris qu’il y a une proposition de décret rattachant le secrétariat général chargé des services spéciaux, de la lutte contre la drogue et le crime organisé au ministère de la sécurité et de la protection civile. Je pense que ce sera une erreur grave si toutefois le chef de l’Etat l’accepte. Mais connaissant ce milieu, si le chef de l’Etat voudrait réellement lutter contre le grand trafic de drogue en Guinée, il aurait mieux fait de continuer à rattacher ce service à la présidence. Je le dis en connaissance de cause, car devant l’argent, des officiers peuvent céder à tout moment. Depuis que ce service a été créé et confié au colonel Thiegboro, j’ai été ruiné de façon abyssale. Dès que les agents de Thiegboro tombent sur nos marchandises, quelles qu’en soient les propositions qu’on leur fait, ils vont te dénoncer et finir par te faire arrêter. Donc, depuis que ce service est rattaché à la présidence, mes partenaires ont tous coupé tous les contacts. C’est pourquoi, j’ai aussi décidé de me reconvertir en entrepreneur de BTP et de vente de pierres précises (…). Si le président veut que la lutte contre le trafic de drogue soit efficace et pérenne, je lui demanderais de laisser le secrétariat général chargé des services spéciaux, de la lutte contre la drogue et le crime organisé rattaché à la présidence de la République (…) », a confessé sous l’anonymat un ancien baron de drogue devenu entrepreneur.

Composé de gendarmes, de policiers, de douaniers et d’autres corps de métiers, le secrétariat général chargé des services spéciaux, de la lutte contre la drogue et le crime organisé reste pour le moment l’unique service capable de lutter résolument contre la drogue et le crime organisé grâce à ses prérogatives présidentielles.

Au regard des exploits enregistrés par le secrétariat général chargé des services spéciaux, de la lutte contre la drogue et le grand banditisme, tout porte à croire que le président Alpha Condé ne va pas le détacher de la présidence de la République, au risque de créer des conditions favorables au développement du narcotrafic pouvant encore faire de la Guinée, la plaque tournante du trafic de drogue en Afrique de l’ouest .

Amadou Hamza Bah

Journaliste

 

 

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