Exclusif: La Ministre de l’Action Sociale et des Personnes Vulnérables Hadja Mariama Sylla se confie à notre rédaction (Interview)

0
138

Le mois de l’enfant, la recrudescence du viol sur mineures, autant de questions que notre rédaction aborde dans cette interview exclusive avec la Ministre de l’action sociale et des personnes vulnérables Madame Mariama Sylla.  Lisez plutôt

ACCENTGUINEE : Nous avons clôturé le 30 juin dernier, le mois dédié à l’enfant, quel enseignement peut-on tirer pour cette année ?

MASPV : Comme vous le savez bien, cette année, le Mois de l’Enfant Guinéen a été célébré dans un contexte spécial lié à la pandémie de la COVID-19.

Conformément à la stratégie de riposte de l’épidémie de coronavirus, dans sa composante sociale, les activités se sont déroulées  dans trois volets :

  • la promotion des gestes barrières : à ce titre, nous avons donné des kits de prévention (sceaux, savons, bidons de javel, gel hydro-alcoolique et bavettes) à la maison centrale, dans 07 orphelinats et 33 familles à Conakry.
  • pour le volet protection des enfants à risque, nous avons procédé, par le biais de la médiation pénale à la libération de 60 enfants et leur remise à leurs familles avec un appui en kits hygiéniques, kits vestimentaires, prise en charge alimentaire et les premiers soins sanitaires). Aussi, 29 enfants migrants retournés du Niger ont été entièrement prise en charge au centre de transit et d’orientation des migrants de Jean Paul II, conformément aux principes sanitaires en vigueur.
  • Quant au volet solidarité aux populations les plus vulnérables, mon Département a apporté des vivres (sacs de riz et bidon d’huile) à 33 familles, 266 orphelins, 102 enfants et 09 femmes de la maison centrale.

Pour les activités de plaidoyer, nous avons privilégié les échanges virtuels qui ont produits des résultats encourageants.

Sous la conduite de la commission des affaires sociales et genre de l’Union Africaine, la Journée de l’Enfant Africain, le 16 juin, a été célébrée avec des communications virtuelles entre les différents représentants des Etats, l’Union Africaine et les partenaires bi et multilatéraux autour du thème : « une justice adaptée aux enfants en Afrique ». Au cours des débats la République de Guinée, par ma voix, a partagé son expérience en matière de mesures de protection des enfants dans les procédures pour mineurs.

Pour une des rares fois, le 24 juin, deux Ministres de la République et Monsieur le Représentant de l’UNICEF ont eu des échanges ouverts sur des sujets de préoccupations  des enfants dans un forum animé uniquement par les enfants.

La clôture du mois de l’enfant a été marquée par une action de de plaidoyer du Parlement des Enfants de Guinée, auprès de l’Assemblée Nationale, sur les défis liés au mariage d’enfants, le statut du parlement des enfants de Guinée, la fonctionnalité du Tribunal pour enfants, l’amélioration de l’allocation budgétaire en faveur des activités de promotion et de protection des droits et du bien-être de l’enfant.

De ce qui précède vous comprenez aisément que le Mois de l’Enfant Guinéen 2020 a été célébré à la satisfaction des parties prenantes (Gouvernement, Partenaires, Société civile et enfants) tant de par le volume des actions menées que par leur portée.

Ce mois a été plus dur pour les enfants notamment des filles mineures. Des cas de viol ont été encore enregistrés, qu’avez-vous fait concrètement dans ce sens ?

MASPV : Je ne pense pas que ce mois de juin ait été plus dur pour les filles mineures. Au contraire, c’est en ce mois qu’une plus grande attention leur ait accordée. S’agissant du viol, je commence par dire que le législateur l’a criminalisé.

Il est prévu et puni à la fois dans le code pénal et dans le code de l’enfant. Mais dans le code de l’enfant, les peines sont plus élevées lorsque l’infraction est commise sur une mineure de 14 ans et moins.

En dépit des efforts de sensibilisation des populations, des mesures dissuasives, des interpellations au niveau des services de police et de gendarmerie ainsi que des condamnations, des cas de viols ont été constatés ces derniers temps sur des mineures.

Je pense qu’il faut continuer à renforcer tout le dispositif de prévention et de répression des violences particulièrement celles qui touchent la petite fille.

S’agissant de mon Département, il a un rôle de plaidoyer et de prévention  pour ces questions  de violence et c’est à titre  que nous collaborons avec les communautés auprès desquelles des travailleurs sociaux sont déployés et d’autres  départements tels la justice, la santé, l’éducation, la sécurité

La lutte contre ces violences sur mineurs semble être un talon d’Achille de votre département, qu’est-ce qui rend le combat difficile voire impossible ?

MASPV : Dans le contexte guinéen et même africain dominé par les survivances culturelles, il y a des pratiques qui contrarient les dispositions administratives et juridiques. C’est souvent les  maltraitances, le mariage d’enfant, des privations de certains droits.

Pour parvenir à un environnement qui promeut et qui protège les enfants, il y a trois niveaux d’interventions qui doivent être renforcés :

Le premier niveau, c’est de soutenir le mécanisme communautaire pour que tous les cas de violences faites aux enfants soient systématiquement dénoncés ;

Le deuxième niveau consiste à apporter une assistance socio-éducative et juridique aux victimes pour barrer la voie aux  arrangements sociaux qui sont non seulement préjudiciables à l’enfant victime mais surtout qui vont à l’encontre des engagements de l’Etat.

Le troisième niveau est de rendre accessibles les services : d’information, d’éducation, de santé, de protection et de soutien psychosocial aux enfants et leurs familles.

La dernière restructuration du gouvernement spécifie votre département à s’occuper de l’action sociale et des personnes vulnérables, qu’est-ce qui change concrètement ?

MASPV : A mon avis, la restructuration est la conséquence logique des efforts consentis ces dernières années à travers des stratégies et des interventions à impacts plus visibles qu’avant, ayant abouti au changement de paradigmes dans le domaine de la femme, où de véritables actions d’autonomisation ont pris le dessus sur la mobilisation sociale. A cet titre, je suis reconnaissante des efforts personnels de son Excellence Monsieur le Président de la République, le Professeur ALPHA CONDE, pour avoir alloué plus de 500 milliards de GNF aux femmes sous forme de crédit revolving à travers les Institutions de micro finances en particulier les MUFFA.

Quant au domaine social, le cadre législatif et réglementaire en matière de développement et de protection des groupes vulnérables est nettement renforcé. Je cite entre autres :

  • l’adoption et la promulgation de la Loi portant Promotion et Protection des Personnes Handicapées en mai 2018 
  • l’élaboration d’un Programme National d’Inclusion et d’Autonomisation des Personnes Handicapées ;
  • la construction d’un centre d’apprentissage de métiers pour personnes handicapées.

Nous estimons que le processus de ciblage des bénéficiaires et des actions phares sera facilité. Les tâches devenant plus pointues, cela ne pourra que produire des résultats qui vont changer la vie des personnes vulnérables et des enfants.

Parlant des personnes vulnérables, nous renvoie à ces adolescents qui déambulent entre les véhicules dans les rues de la ville, qu’est-ce que votre département prévoit pour ces couches ?

MASPV : Dans les échanges que j’ai eus avec les enfants lors du forum virtuel du 24 juin 2020, à l’occasion du mois de l’enfant, j’ai insisté sur l’éducation et la formation des enfants.

Vous pouvez par vous-même constater les conséquences du relâchement des parents dans l’encadrement de leurs enfants. Ils mettent souvent en avant la question de la pauvreté.

Contrairement à ceux que l’opinion pense de mon Département, il contribue à la réduction de la pauvreté par le biais de la couverture sociale qui favorise l’amélioration des indicateurs en matière de développement du capital humain.

Par rapport à la problématique des enfants de rue, elle est liée aux difficultés d’accès aux services sociaux de base (éducation, santé, centre d’orientation et professionnel). Mais j’insiste sur le repli au sujet des bonnes pratiques d’encadrement familial et communautaire.

Le Gouvernement travaille avec l’accompagnement des partenaires sur le volet préventif à travers la réduction des effets de l’exode rural et la mobilité interne. Il y a aussi, des appuis  scolaires et la réinsertion dans des petits métiers. Durant les 15 derniers mois, 798 enfants en situation de migration ou en mobilité dont 189 filles ont bénéficié d’une prise en charge.

Le défi, est de mettre en place et de faire fonctionner de véritables centres de référence en matière d’orientation et de réinsertion des enfants en situation de rue

Merci Madame la Ministre

Merci à votre rédaction

 


Warning: A non-numeric value encountered in /htdocs/wp-content/themes/Newspaper/includes/wp_booster/td_block.php on line 352

LEAVE A REPLY