Évaluation des Ministres : les bons élèves, les haut-parleurs, les taiseux et  les non-classables (Par Marouane Camara)

Un an après l’entrée en fonction des membres du gouvernement Kassory, il est de coutume chez moult observateurs d’attribuer une note à chaque Ministre.

Cet exercice difficile est une autopsie assez clinique et non exhaustive. Il part d’un constat personnel et de l’appréciation de l’opinion à travers les réseaux sociaux et les médias traditionnels. Plusieurs catégories apparaissent : les bons élèves, les haut-parleurs, les taiseux et les non-classables, c’est-à-dire, les tocards à renvoyer pour insuffisance de résultats et en mal d’adaptation.

Le gouvernement de la majorité silencieuse a-t-il été à la hauteur ? Dans quel domaine a-t-on enregistré d’important progrès ? Qui sont ces Ministres qui forcent une admiration au sein du peuple ? Et qui sont ces mauvais élèves ? Voilà le questionnaire auquel nous tenterons d’apporter des réponses.

Le Premier Ministre

Nommé le 21 mai dernier, Ibrahim Kassory Fofana avait comme feuille de route, le redressement économique du pays, la redistribution de la prospérité nationale, la lutte contre la corruption et la promotion du dialogue social et politique.

Sur les deux premiers points, il convient de rappeler que d’importantes mesures ont été prises allant dans le cadre de la qualification de notre système économique. C’est notamment, l’Agence Nationale d’Inclusion Economique et Sociale (ANIES), le Fonds de Développement Local (FODEL), ANAFIC et  la Mission d’Appui pour la Mobilisation des Ressources Internes (MAMRI)…Ce sont des éléments clés pour le partage de la prospérité nationale même si le résultat tarde à se faire se sentir.

La lutte contre la corruption a commencé à se matérialiser par la liquidation de deux dossiers et l’ouverture d’enquête par le Vérificateur Général dans cinq autres établissements publics et parapublics. Mais l’élan a baissé. Et l’on se pose la question pourquoi ce coup de frein à ce niveau ? Pourquoi n’arrive-t-on pas à mettre le grappin sur d’autres prévaricateurs économiques conformément à la fermeté de départ du PM ?

A propos de la promotion du dialogue social et politique, le Chef du gouvernement a été totalement absent. Très effacé et parfois en provocateur, Kassory Fofana n’a pas su laisser ses empreintes. Le dialogue social et politique est en panne depuis son arrivée malgré sa volonté de départ d’être un véritable promoteur. Dans sa démarche, le Chef du gouvernement avait rendu visite aux principaux acteurs politiques et sociaux du pays dans le souci de désamorcer les tensions qui planaient en l’air.  Hélas !

Cependant, il faut reconnaitre qu’il se distingue de ses prédécesseurs par sa fermeté et la personnalité. Aujourd’hui, on peut bien se réjouir de la reprise des activités du comité de suivi et de l’accord trouvé avec le syndicat de l’éducation.

Les bons élèves du gouvernement

Sur les 37 poulains que compte le gouvernement de la majorité silencieuse, seuls quelques-uns arrivent à voir le bout du tunnel. De vrais bosseurs et grands réformateurs, les Ministres dans cette catégorie laissent marquent et/ou continuent à marquer leur passage au gouvernement avec le marqueur au vif. Ce sont :

Moustapha Naïté

Avec un début très difficile sous une pluie de critiques avec des ponts qui cédaient (telle une ‘’malédiction naturelle’’), le Ministre des Travaux Publics a su garder les pieds sur terre. Au fil du temps, il a sorti de terre des chantiers bâtis. Conakry est en chantier avec de routes modernes. D’importants projets routiers sont en cours d’exécution dans tout le pays. Les actes sont visibles.

Ismaël Dioubaté

C’est la révélation du gouvernement. Un jeune pétri de talent et perçu comme étant un réformateur discret. Le Ministre du Budget, jusque-là méconnu du grand public, est parvenu à placer des actes assez courageux allant dans le cadre de l’assainissement et de l’élargissement de l’assiette fiscale. Son projet phare : le code NIF-P, surtout la digitalisation du processus de recouvrement des taxes et impôts. Ces mesures ont été saluées par les partenaires financiers de la Guinée. Et récemment, il faisait partie d’un cercle fermé de Ministres des pays du Sud à avoir bénéficié d’une invitation solennelle de la prestigieuse université américaine ‘’Harvard’’. Il a participé à un forum animé par d’anciens Chefs d’États et des Professeurs agrégés au sein de cette institution. Une première pour un Ministre guinéen. À lui, s’ajoute le reste du pool économique. Mama Kanny Diallo, Ministre du Plan et du Développement économique, et Mamady Camara, Ministre de l’Economie et des Finances.

Et sur tout autre plan, selon des indiscrétions, le Ministre Ismaël Dioubaté est le premier de son département à venir au lieu de travail à 7h30 et le dernier à quitter entre 19h-20h.

Tibou Kamara

C’est un homme connu du grand public. C’est l’homme consensus. Grand négociateur, le Conseiller personnel du Chef de l’État est sur tous les fronts. Pour les uns, c’est le sapeur-pompier du gouvernement et pour d’autres, c’est le Moïse du pays. Bref, il est l’homme de l’ombre du Président. C’est un acteur clé dans le processus d’apaisement de la vie socio-politique du pays. Il fait partie des colombes de la République. On lui reconnait également son franc-parler et son efficacité dans les négociations.

Aussi discret qu’unificateur, le Ministre de l’Industrie et des PME opère des réformes au sein de son département. C’est entre autre : l’identification et la protection des zones industrielles, la mise en place d’une politique nationale de l’industrie, la formation et la qualification des PME pour un accès facile aux fonds d’aide…

Abdoulaye Yéro Baldé

Son nom revient sans cesse au sein de l’opinion. Il est perçu par bon nombre comme étant l’un des meilleurs réformateurs. Initiateur du Forum national de l’étudiant guinéen, le Ministre de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche Scientifique représente cependant  une grosse menace pour les promoteurs qui évoluent dans le privé avec des accusations portées à son encontre pour sa volonté inébranlable à éteindre les universités privées.

Le couac chez lui, c’est sa fermeté et son manque de dialogue. C’est un dur à cuire.

Mory Sangaré

C’est le Ministre dont la nomination  a surpris plus d’un, puisque venu de l’intérieur du pays et méconnu des grands milieux de la capitale Conakry. Il a réussi à surprendre des observateurs avertis grâce à ses nombreuses transformations qu’il a apportées au sein de son département. On peut citer quelques-unes : la tenue pour la 1ère fois de la session du comité national de pilotage de l’éducation (CNPE) dont les travaux ont indiqué des priorités pour l’année scolaire 2018-2019, la rénovation des écoles Africof, l’arrêt des locations d’écoles au profit des locations ventes (dans les zones où il n’y a pas d’écoles publiques) et les nouvelles constructions d’écoles à Conakry et l’authentification des diplômes des candidats au concours de recrutement d’enseignants au MENA par les institutions de formation initiale des candidats. C’est un Imperturbable.

Son hic : Pourra-t-il supporter les pesanteurs de l’amélioration de la qualité de l’éducation et les grèves répétitives dans son secteur ?

Guillaume Curtis

C’est un crack. Un bouffe-papier. Le Ministre des Investissements et du Partenariat public-privé concentre tout son effort pour une meilleure attractivité et compétitivité du climat des affaires. Il est souvent entre deux avions. Le Salon des Entrepreneurs (SADEN) 2019 a été un grand succès.

Mouctar Diallo

Le Ministre de la Jeunesse fait de son mieux. Mouctar Diallo a, à  ses actifs : la conception et la mise en œuvre du projet d’opérationnalisation de la capture du dividende démographique sur l’axe Hamdallaye-Bambéto-Cosa-Kagbélen, la construction d’une unité de saponification pour les jeunes et les femmes dans la commune rurale de Koba, commune de convergence et enfin la remise de plusieurs barques et filets à 4 groupements de jeunes pêcheurs au port de pêche artisanale de Téménètaye à Kaloum. C’est encourageant même s’il doit redoubler d’effort.

Moustapha Mamy Diaby

Trop calme ces temps-ci. Le Ministre des Postes, Télécommunications et de l’Economie numérique est parvenu à couvrir tout le territoire national en GSM. Son projet de fibre optique et la 4G sont des grandes prouesses.

Abdoulaye Magassouba

Il est cité par d’autres citoyens. Mais par contre, il ne fait pas l’unanimité. Malgré les progrès effectués, nos mines constituent une grosse malédiction pour les populations riveraines.

Le groupe des Haut-parleurs et moins faiseurs du gouvernement

Place aux m’a-tu-vus. Les Ministres grandes bouches du gouvernement dont les résultats ne tiennent qu’à un fil d’araignée. Avec une dose de populisme très élevée, ces Ministres ne ratent aucune occasion pour enfumer l’opinion avec des mirages, en dépit de leur résultat hautement chaotique. Ils sont :

Cheick Taliby Sylla

Le secteur de l’énergie est un talon d’Achille de la gouvernance actuelle. Malgré l’énormiscime  investissement englouti dans le secteur- plus de 3 milliards de dollars- le courant devient de plus en plus une denrée rare. Ce Ministre dont le parcours est moins brillant, est aujourd’hui un cruel promoteur d’un troisième mandat dans le seul but de se maintenir au pouvoir. Il n’a cependant, aucun résultat probant qui milite pour son maintien au gouvernement. Il a montré toutes ses limites.

 Cheick Sacko

L’éléphant annoncé est arrivé avec un pied cassé. Lui qui a nourri tous les espoirs s’est finalement révélé en gros cauchemar. La justice est absente dans ce pays. Les grands dossiers qui  sont sans fin et qui attendent toujours un épilogue, dorment dans les tiroirs. C’est le cas du 28 Septembre 2009, les tueries politiques et le phénomène de vindictes populaires. Les promesses du Ministre n’en finissent pas. De grand bâtonnier montpelliérain, le Ministre de la Justice est devenu grand parolier. Il ne fait que du remixage.

Oyé Guilavogui

Très mou ces derniers temps, le Ministre d’État de l’Environnement, des Eaux et Forêts, est le parrain des promesses. Connu pour ses annonces et promesses fallacieuses, le Ministre Guilavogui se tourne désormais vers la construction et l’inauguration des mosquées dans le pays. Il cherche à se rapprocher de Dieu et se contraint au silence. Tant mieux !

Bouréma Condé

C’est le Ministre au centre de toutes les convulsions politiques du moment. Il crée autant de problèmes qu’il n’en résout. Lui qui dirige le cadre de dialogue, de concertation et de suivi des accords politiques a un pied lourd sur l’étrier pour la mise en application des accords convenus.  Il a des prises de position parfois à laisser dormir débout. Bouréma Condé ne brille que de par ses sorties indésirables.

Aboubacar Sylla

Associé au bradage du port autonome de Conakry aux turcs, le Ministre d’État des Transports  excelle dans les promesses. Avec ses bus métro ou encore la relance de la compagnie aérienne Air Guinée, rien de concret.

Sanoussy Bantama Sow

Le Ministre des Sports, de la Culture et du Patrimoine Historique est essentiellement politique. Bon animateur, il est loin d’être un bon manager. Il a des résultats qui militent en sa faveur mais qui sont peu.

Les taiseux

C’est la catégorie des sourds-muets. Eux, ils entendent tout mais ne ils disent absolument rien. Les Ministres de ce lot ne sont visibles que dans la circulation ou dans les cérémonies sociales. L’opinion se demande toujours pourquoi sont-ils maintenus à leurs postes ? Ce sont :

Dr Mohamed Diané

Très calme et peu convaincant, le Ministre d’État des Affaires présidentielles et Ministre de la Défense Nationale, occupe un poste loin de ses compétences. Sa seule marque est la création de la DIRPA. C’est un Ministre très renfermé. Malgré tout le poids qu’on lui attribue, c’est l’autre gros muet de l’équipe.  

Tout le monde voit ces Ministres suivants monter et descendre sans comprendre réellement ce qu’ils font. Ce sont les compléments d’effectif. La Ministre de l’Agriculture Mariame Camara, la Ministre de l’Action sociale, Mariame Sylla, le Ministre de l’Elevage et des Productions animales, Roger Patrick Millimono, le Ministre des Hydrocarbures, Djakariaou Koulibaly,  le Ministre de l’Enseignement technique, de la Formation professionnelle, de l’Emploi et du Travail, Lansana Komara, le Ministre de la Santé, Dr Edouard Niankoye Lamah, le Ministre des Pêches, de l’aquaculture et de l’économie numérique et le Ministre du Commerce, Boubacar Barry.

Et enfin, les personn-alitées, c’est-à-dire, les non-classables

En ligne de mire, vous avez le Secrétaire Général des affaires religieuses, Cheick Jamal Pendessa, qui est très médiocre et incapable d’organiser le hadj dans de bonnes conditions.

Le Ministre des Affaires étrangères et des Guinéens de l’étranger, Mamady Touré, est un grand prédateur de la liberté de presse et il est trop dormant à son poste. Sa seule action : la conférence diplomatique.

Le Ministre de la Fonction publique, de la Réforme de l’Etat et de la Modernisation de l’administration, Billy Nankouma Doumbouya a été trop brouillon. Il a un gros bœuf sur la langue.

Le Ministre de la Sécurité et de la Protection civile, Alpha Ibrahima Keïra, un autre toto. Et pourtant, il avait sonné la fin de la récréation mais très malheureusement, l’insécurité, le braquage à main armée et les coupeurs de route sévissent de plus belle dans le pays.

Le jeune Ministre de la Communication, Amara Somparé peine aussi à s’affirmer. Le seul acquis à son compte, est la rénovation du plateau de la RTG. Ce qui est du Haut Conseil de l’audiovisuel, c’est encore un projet. C’est un Ministre sans expérience et moins compétitif.

Le Ministre de l’Unité Nationale et de la Citoyenneté, Mamadou Taran Diallo, est dormant. Il souffre encore l’ombre de son prédecesseurs qui plane sur le département.

Le Ministre de l’Urbanisme, Dr Ibrahim Kourouma, la Ministre de la Coopération, Djenè Touré  et le Ministre d’État de l’hôtellerie, Thierno Ousmane Diallo occupent le bas du tableau. Le Premier a été senti quand il fallait détruire Kaporo, Kipé 2  et Soloprimo. La seconde, règne en main de fer sur Twitter. Elle est beaucoup plus active là-bas qu’à son bureau. Et le troisième, est là uniquement pour couper le cordon inaugural des grands hôtels.

En outre, pour faire le bilan annuel du gouvernement, il  ne s’agit pas là de décerner des prix ou de tresser des couronnes d’or pour les uns et encore moins de jeter en pâtures d’autres. L’objectif est de réveiller en chaque commis de l’État, le génie qui dort en lui.

Le dernier mot revient au Chef de l’État, le seul et unique redevable vis-à-vis du peuple. Et ses Ministres ne sont responsables que devant lui. À lui donc d’en tirer toutes les conclusions.

Par Habib Marouane Camara,

journaliste et analyste

 

 

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