Coup de gueule: Non à l’identité ethnique et non à la guinéennété (contribution de Marouane Camara)

La poussée malheureuse d’une sorte de xénophobie communautaire depuis un bout moment, conduit le pays tout entier vers une crise profonde d’identité.

Nul n’est plus guinéen que l’autre. Il n’ya point de citoyen supérieur encore moins d’étrangers. On est citoyen d’une même République laïque, une et indivisible conformément à notre constitution et à notre volonté à tous, de vivre au sein d’une communauté nationale fondée sur des principes et codes qui régissent son fonctionnement et où, on est égale en droit et en devoir.
La nation a pris un coup de poignard dans le dos. Un coup de poing fermé en pleine figure, bref, un coup violent et périlleux.

La sagesse, l’hospitalité, l’acceptation mutuelle, et le pardon qui caractérisaient notre environnement social ont pris feu. Pour des considérations identitaires par le biais de nos politiques.
Guinéen de souche ou guinéen de circonstance ou encore guinéen de circonscription linguistique, on est avant tout, guinéen d’un même et seul pays, appelé Guinée.

Le cas Abdoulaye Bah de Kindia, l’idée d’Ethiopien, de Burkinabé, de grecs et je ne sais quoi d’autres, sont à la vogue avec un usage récurent et explosif ces derniers moments.

Piège de l’identité, rejet ethnique et ethnicité ou la coulée de l’État-nation ?

L’exemple de la Côte D’Ivoire est un cas illustratif. Oui, la fameuse ‘’ivoirité’’. La haine de l’autre et le mépris pour son prochain pour des futilités politiques basées sur l’origine ont conduit ce pays vers l’abîme.
60 ans après notre indépendance, parallèlement à nos 60 ans de corvées et dominations, le guinéen d’un autre âge refait surface. Notre histoire est souillée. Nos héros de la résistance face à la pénétration coloniale retournent dans leur tombe. Nos martyrs de l’indépendance sont pour la deuxième fois tués et cette fois-ci par leurs propres enfants.
Car, le 02 Octobre 1958, la République a été proclamée et le devoir de vivre dans l’État-nation est notre grand défi.

Aujourd’hui, l’affirmation pour une quelconque appartenance ethnique ou communautaire, devient de facto un critère d’exclusion ou d’inclusion dans l’appareil administratif, voire même du corpus social.

Les racines d’une confrontation prennent bien forme. Plus personne ne sait à quand la goutte d’eau qui fera déborder le vase.
L’autorité morale qui devait être le rempart, est très honteusement le terro fertile de la grande fracture sociale. La Guinée est assise sur une bombe qui peut péter à tout moment, si on n’y prend pas garde. Le péril ne serait pas loin.

2020 et probable scénario de 2010 ? Le plan machiavélique de trois contre un.
C’est triste de nous replonger dans les souvenirs chaotiques de l’entre deux tours de la présidentielle de 2010. La fameuse légende « eau empoisonnée ». Les douloureux événements de Siguiri.

Tout porte à croire que les machinations actuelles préparent le repli communautaire et identitaire avant l’échéance électorale de tous les enjeux en 2020.

Comme disait l’autre, la fin justifie les moyens. Tout le monde sait ce qui s’est passé. Inutile de réveiller des morts.
L’UFDG est victime certes, mais, c’est la nation qui est en danger.
C’est un crime qu’un individu soit le symbole d’une communauté. C’est un jeu politique, c’est vrai, mais c’est un suicide collectif. On en a pas besoin et on en aura pas.

Le défi de vivre ensemble

Aux leaders politiques de nous sortir de ce labyrinthe. Mais à l’UFDG d’éviter le piège de l’ethnicité. Tout se joue en sa faveur et tout se joue en sa défaveur. Il faut savoir concilier puissance et crainte pour rassurer tous. Fans et détracteurs. Il faut refuser la caricature de parti peulh et menace pour les autres.

Au Chef de l’État, de consolider le tissus social. De chasser les démons. De porter son manteau de père de la nation pour éviter à son peuple une descente aux enfers.

À la société civile et aux jeunes, au nom de notre devise, Travail-Justice-Solidarité, travaillons tous et sans cesse pour une Guinée plus forte, unie et prospère pour honorer la mémoire de nos martyrs et construisons notre maison commune. Tout guinéen, doit se sentir sur les 245. 857 km2 chez lui. Refusons les frontières communautaires au profit de la communauté nationale.

Nous sommes un peuple multiculturel et plurilinguistique sans barrière. Comme l’a dit Hampathé Bâ, c’est la diversité des couleurs qui fait la beauté d’une moquette. C’est une richesse pour notre pays et non facteur de division.

À bon entendeur, salut !
Par Habib Marouane Camara
Journaliste et Analyste Politique.

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