Contribution:  »Mieux vaut mourir dans la mer que dans les bras de ma mère » (Par Elisabeth Sylla)

L’Europe à tout prix, tel est l’objectif de nombreux jeunes d’Afrique subsaharienne ces dernières années. Leur rêve, accéder à l’Eldorado que sont pour eux les pays d’Europe. Certains y arrivent et d’autres non, emportés par les vagues de la méditerranée ou encore engloutis par le sable du désert saharien, et parmi ceux qui y arrivent une nouvelle réalité se trouve au-delà de ces frontières, l’obtention d’un titre de séjour.

Ils sont jeunes, ambitieux et emplis de rêves mais les situations politique et économique de leurs pays respectifs les laissent sans espoirs. Le cas spécifique des jeunes guinéens mérite vive attention.

Pourquoi spécifiquement la Guinée ?

Il n’est pas rare de rencontrer dans la majorité des reportages sur les migrants des jeunes guinéens mineurs et majeurs et même des femmes qui aussi se lancent dans cette aventure aussi incertaine qu’ils pensent de leur avenir dans leur pays, la Guinée.

Les élections présidentielles de 2010 sur la base d’ethno-stratégie des différents candidats ont laissé des séquelles au sein de la population tant bien que l’ethnie que compose majoritairement l’opposition s’est sentie en « marge » au lendemain de la victoire de M. Alpha Condé. Ce qui a donné le ton à une sortie massive des jeunes de la moyenne Guinée (Foutah) vers les pays voisins et vers l’Europe en passant par la méditerranée pour ceux qui avaient les moyens de se financer ce voyage périlleux.

À cette frange s’ajoutent aussi les nouveaux mécontents du régime, ceux qui s’attendaient à un changement radical des vieilles habitudes dans le but de promouvoir les ressources du pays et que le pays sorte de l’ornière. En Guinée malgré un taux d’analphabétisme très élevé la majeure partie de la population n’ignore pas les immenses richesses naturelles de ce pays, tous attendent un jour que la Guinée vive de ses resserves de fer, de bauxite à grande teneur d’alumine, de son Or de Siguiri, de son diamant, de ses hectares de café et cacao et d’hévéa.

Voyant ce rêve brisé à petits feux tout le monde s’en va… avec pour grand espoir de vivre mieux ailleurs, ce rêve de partir nourrit par ceux qui y sont déjà arrivés via les réseaux sociaux affichant une vie bien réussie, une famille fondée, un travail bien payé. Est-ce vraiment la réalité de l’Europe actuelle ?

Au péril de leur vie, ces jeunes se lancent dans ce voyage sans horizon, nourrit de grand espoir. Pendant cette traversée pénitentiaire, ils connaissent la faim, la prison, l’esclavage, la traversée du désert, la trahison, la mer et ses secrets, entassés dans des embarquements de fortune, chaque étape ainsi citée laisse des cadavres dont les parents n’auront jamais la chance d’enterrer dignement encore moins de faire le deuil.

Au Nord-Est de Paris dans le 18ème arrondissement, un groupe de jeunes migrant installé sous des tentes de fortune sur le boulevard Ney à la porte de la Chapelle en attendant leur régularisation m’a lancé « nous préférons mourir dans la mer que dans les bras de nos mères » et ils le disaient avec une telle détermination.

En hiver dernier plus de 70 jeunes guinéens ont péri aux larges des côtes libyennes sans compter ceux qui sont restés dans le désert et/ou ceux qui tentent toujours de franchir la frontière espagnole par le mur de barbelé tout en y laissant une partie de leur peau à chaque tentative.

Il n’est pas rare aussi de rencontrer des jeunes filles guinéenne en route pour rejoindre leurs maris ou fiancé en Espagne ou en France braver les vagues de la méditerranée pour y arriver, les chiffres sont alarmants, elles y ont laissé leur vie pour la majorité, car très vulnérables et ignorant les dangers de cet type d’aventure.

En Guinée, le paludisme tue, l’épidémie à virus Ebola a fait ses victimes, les manifestations de l’opposition ont aussi leurs chiffres mais l’immigration clandestine vers l’Europe a fait autant de victimes que ces maux réunis.

Il est impossible de faire le tour des centres d’hébergement d’urgence de Paris et îles de France sans rencontrer un ou une dizaine de migrant originaire de la Guinée. Tous ont le même slogan « y a rien au pays » ils sont mêlés aux autres provenant de pays en guerre et ils se reconnaissent en ceux-ci, sauf que la Guinée n’est pas un pays en guerre mais représente aux yeux de ces jeunes les indices d’un pays qui a connu une guerre civile sans précédent.

Avec cette vague de départ, des solutions immédiates et efficaces doivent être trouvées. Car ce phénomène devient très contagieux.

Elisabeth Sylla

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