Artiste-politique, Elie Kamano parle de son projet, du 3ème mandat, des opposants… (Grande interview)

L’artiste musicien Elie Kamano se lance en politique. Depuis quelques jours, il est pressenti potentiel candidat aux futures consultations électorales en Guinée notamment à la présidentielle 2020. La NGP (Nouvelle Guinée Possible) c’est le nom du parti qui devrait porter le jeune reggaeman pour cette ambition que certains de ses compatriotes jugent utopique voir démesurée. Votre quotidien en ligne est allé à sa rencontre pour parler de ce projet également quelques sujets d’actualité dont la fameuse question d’un éventuel troisième mandat pour Alpha Condé.  ‘’Même s’il a fait de la Guinée le paradis terrestre de l’Afrique je ne crois pas qu’on puisse parler de troisième mandat pour des actes posés’’ a-t-il déclaré entre autres. Lisez plutôt l’intégralité de l’entretien

Vous êtes à la tête d’une nouvelle formation politique, est-ce que votre parti sera candidat à l’élection présidentielle de 2020 en Guinée ?

Elie Kamano : Pour le moment ce n’est pas à moi de décider, il y a une équipe qui est entrain d’être constituée qu’on appelle notre bureau national. Donc notre bureau national va se décider si oui ou non on doit aller aux différentes échéances électorales. Mais si on est à la tête d’un parti politique c’est pour aller briguer les différents fauteuils, pour le moment je ne pourrai pas répondre à cette question avec exactitude parce que ce n’est pas à moi seul de décider de cela.

Et si on vous demandait personnellement sans compter le parti, quelle serait votre réponse ?

Elie Kamano : Si on me demande personnellement, j’aimerais bien aller briguer en 2020 le fauteuil présidentiel, pourquoi pas ? Mais je le dis encore une fois, je ne suis pas seul dans le parti, la démocratie on l’apprend à la base. Si on n’est pas capable de faire participer aux prises de décision ceux qui travaillent avec nous, on ne sera pas capable de gérer la Guinée dans une vraie démocratie, on sera un vrai dictateur, un despote, et ça c’est des choses pour lesquelles je me bats et je me suis toujours battu.

Si le parti décide de vous porter candidat pour l’élection présidentielle de 2020, pourquoi doit-on vous croire ?

Elie Kamano : On doit me croire parce que je défends des valeurs et je porte un idéal, depuis plus de 20 ans je suis entrain de me battre et au risque même de ma vie, je ne le fais pas parce que je manque du minimum. Aujourd’hui, je suis quand même un artiste qui vit son petit confort, je le dis avec modestie, lorsque j’ai battis ce petit confort sur le dos d’un peuple qui m’a cru, un peuple qui m’a écouté, qui m’a accompagné dans ma carrière et qui m’a permis d’être là où je suis, je ne peux pas fermer les yeux et accepter de cautionner cette mal-gouvernance, cette précarité qu’on nous impose, je ne peux pas être témoin de cela, donc on doit me croire parce que j’ai posé des actes en Guinée, des actes que vous connaissez, des risques que j’ai pris vous en savez, et durant les différents régimes qui se sont succédés tout ce que j’ai eu à faire pour instaurer ce qu’on appelle un Etat de droit et un Etat démocratique n Guinée.

On connait Elie Kamano en Guinée en tant que musicien, aujourd’hui vous êtes à la tête d’un parti politique, est-ce un rêve d’enfant ou un simple déclic ?

Elie Kamano : Je n’ai jamais rêvé, d’abord, d’être artiste, quand j’étais petit je n’avais pas ce rêve, je crois au destin, je crois au Livre Saint, je suis musulman, je crois foncièrement à tout ce qui m’arrive dans ma vie, mais j’avoue que concernant la politique c’est après avoir chanté pour un peuple dont les conditions ne s’améliorent pas que j’ai compris qu’il fallait que je sois un décideur, et pour être un décideur il faut passer par l’organe suprême, l’organe qui gère notre société, c’est la politique, voila pourquoi j’ai décidé de m’engager en politique, connaissant les obstacles bien sûr qui m’y attendent, mais je sais une chose quelque soit le temps on va relever le défis.

Quels sont les moyens que vous disposez pour faire adhérer plus d’un guinéen à votre cause sachant que les guinéens vous connaissent en tant que musicien, ce qui est d’ailleurs votre arme fétiche ?

Elie Kamano : Je ne veux pas que vous vous accentuez sur le mot musicien. Je ne suis pas né musicien, je ne suis pas né artiste, je suis un citoyen comme tout le monde et la musique a été une option choisie par moi pour gagner honnêtement ma vie, je le dis et je le répète à tout moment. Donc si cette musique a fait de moi un leader d’opinion, très sérieux d’ailleurs aux yeux du peuple de Guinée je pense que c’est le plus grand moyen dont on dispose aujourd’hui pour convaincre davantage le peuple de Guinée. Parce que lorsque tu as des convictions, des valeurs, lorsque tu portes un idéal et que tu restes constant, tu observes dans la loyauté la constance dû au rang de la dignité que tu incarnes, au rang de la dignité que le peuple aimerait que l’on incarne en tant qu’artiste engagé, en tant que citoyen engagé, je pense que le peuple se retrouvera toujours dans ton esprit et le peuple choisira au bon moment, le peuple est reconnaissant parce qu’il n’oublie pas les actions posées par des hommes intègres, voila pourquoi je suis foncièrement convaincu que si le parti arrive à me présenter lors des élections législatives ou des élections présidentielles, il n’y a rien à dire on va frapper fort.

Bientôt le retour des députés à l’hémicycle, pensez-vous que c’est suicidaire ou que c’est pour éviter un vide institutionnel ?

Elie Kamano : La loi est claire sur ça. Les opposants guinéens sont entrain de comploter avec Alpha Condé, parce que lorsque le pays ne traverse aucune calamité, je pense que rien ne nous empêche d’aller vers les élections législatives. Aujourd’hui ils sont entrain d’exécuter à la lettre tout le programme tracé par le Président Alpha Condé pour arriver à ses fins. Lorsque dans un pays on refuse d’organiser les élections législatives jusqu’à la fin et qu’on observe la fin du mandat des députés arrivée à terme et que le Président par décret prolonge le mandat des députés et l’opposition accepte de venir siéger pendant qu’elle n’a mis aucune pression pour que les élections législatives soient organisées, je pense qu’aujourd’hui ce sont les deux entités qui sont entrain de foutre le bordel dans notre pays. Voila pourquoi, nous, comme Macron en France, allons sortir de ce lot. Nous sortons de ce lot parce que les guinéens sont fatigués de ces partis traditionnels dont les leaders sont à la tête de leurs partis depuis plus de 15 ans, 12 ans, plus de 18 ans, ce n’est pas normal. L’alternance doit être respectée d’abord au sein des partis politiques avec l’apport et l’acceptation même des présidents afin qu’il y ait la promotion de la jeunesse, la promotion de la relève. Mais lorsque tu es président et que tu n’acceptes pas qu’on fasse une alternance dans ton parti, ça veut dire que lorsque tu seras président de la République, faut pas qu’on compte sur toi pour instaurer une vraie démocratie.

En huit ans de gouvernance, qu’est-ce que le professeur Alpha Condé a fait et qui pourrait plaider en sa faveur pour un troisième mandat ?

Elie Kamano : Ne me posez pas cette question, la loi est claire. Il n’est pas le seul guinéen, même s’il a fait de la Guinée le paradis terrestre de l’Afrique je ne crois pas qu’on puisse parler de troisième mandat pour des actes posés. Les actes posés je les considère comme de l’argent que tu vas mettre à la banque, et que tu prends ta carte bancaire tu fais rentrer au guichet tu composes ton code, l’argent sort et puis tu te mets à danser parce que le distributeur a sorti l’argent que tu as confié à la banque, non ! Les actes posés par le président Alpha Condé, il est là pour ça, il doit les poser parce que c’est une mission que le peuple lui a confié, il a été mandaté par ce peuple. Donc lorsqu’il pose des actes, je ne suis pas dans l’optique d’être surpris, content ou joyeux, s’il pose les actes l’histoire le retiendra, s’il ne les pose pas aussi l’histoire le retiendra, parce que chacun sera jugé par le tribunal de l’histoire, aucun acte ne justifie l’octroi d’un troisième mandat à un président parce qu’il a fait de la Guinée un paradis terrestre, n’allons pas dans ce débat, encore une fois il n’y aura pas de troisième mandat dans ce pays, depuis 2017 j’avais commencé à parler de ça. Et aujourd’hui, pour avoir lutté contre le Général Lansana Conté, pour avoir lutté contre le régime du CNDD, je n’accepterais pas, jamais !

Réalisée par Boura N’Tonya

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